Edito du Curé – dimanche 6 avril 2025

« Va, et désormais ne pèche plus ! »
Laxiste… ? Permissif… ? Latitudinaire… ? L’attitude de Jésus face à cette femme adultère que la loi condamnait par lapidation tranche avec le rigorisme des pharisiens. Il prend de court le légalisme exubérant des scribes et des pharisiens et l’oppose à la Loi Nouvelle, celle de l’amour-miséricorde. « Au commencement était l’Amour, pas la miséricorde !» professe le père Raniero Cantalamessa, mais, précise-t-il, « l’irruption du péché a révélé une expression particulière de l’amour de Dieu, à savoir la miséricorde » qui se dessine spécifiquement dans l’évangile de la femme adultère. A première vue, Jésus serait latitudinaire et les pharisiens, rigoristes. Il faudrait s’aventurer dans cette rencontre tripartite – Jésus, la femme accusée, et ses accusateurs – pour en déceler le sens. Que cache au juste l’injonction de Jésus qui clôt cette scène : « va, et désormais ne pèche plus » ?
Revenons un peu à la matérialité des faits. Après une nuit de prière au mont des Oliviers, Jésus est dans le temple pour enseigner. Vint un groupe de scribes et des pharisiens trainant une femme prise en situation d’adultère et ils réclament l’expertise de Jésus. « Et toi, que dis-tu ? » La question ne laisse aucune alternative à Jésus. Il doit se prononcer. Si Jésus s’oppose à lapidation de la femme adultère, il est un détracteur et un contradicteur de la loi de Moïse (Lv 20, 10). S’il approuve son meurtre, il est en contradiction drastique avec sa bonne nouvelle toute orientée vers la miséricorde. Il redoute la foule suspendue à ses lèvres et les soldats des grands prêtres qui, après l’avoir écouté, ont refusé de l’arrêter parce que, disent-ils, « jamais personne n’a parlé comme cet homme » (Jn 7 46). Prendre le parti de l’un ou l’autre cas porterait largement atteinte à la crédibilité de Jésus. Le piège est habilement posé derrière cette question ! Quand on rejette Dieu, tout doit être fait pour le discréditer, dénaturer son message et défigurer l’Eglise. Les pharisiens le piègent et la société moderne le nargue à travers les lois.
« Et toi, que dis-tu ? » La réponse de Jésus va beaucoup plus loin que ce que le fait, saillant, l’adultère. Arrêtons-nous un peu sur ce terme polysémique pour mieux scruter l’attitude de Jésus envers l’accusée et ses accusateurs. Est adultère « le fait pour un époux ou une épouse de violer son serment de fidélité, de partage, et d’avoir des relations sexuelles avec une personne autre que son conjoint (sa conjointe) envers qui il a affirmé ce serment » (Petit Larousse). Au-delà de ce premier énoncé en rapport avec la sexualité, l’adultère est d’abord une violation du serment de fidélité. La Bible souligne fortement le lien entre « adultère » et « infidélité ». Ainsi la fidélité totale exigée à l’homme ou à la femme dans le cadre du mariage représente celle que Dieu attend de son peuple avec qui, il scelle une alliance indissoluble (Os 2,21… ; Is 54,5…). L’Alliance que Dieu établit avec son peuple a toujours une connotation d’épousailles. Les prophètes parlent de l’adultère comme une profanation de l’Alliance de Dieu. L’infidélité à cette Alliance est stigmatisée et dénoncée comme un adultère et une prostitution (Os 2,4). Face aux incrédules qui exigent des signes, Jésus s’indigne et les qualifie de « génération adultère », donc d’infidèles (Mt 12,39 ; Mc 8,38). St Jacques, de son côté, traitera l’adultère comme toute compromission à l’amour de Dieu.
Reposons-nous la question : entre cette femme et ces pharisiens, qui peut se targuer d’être moins adultérin ? Qui n’a pas commis d’adultère ? Entrons dans notre for intérieur et laissons cette réplique de Jésus nous interpeller : « que celui qui est sans péché, jette la pierre le premier sur cette femme »
La redéfinition du terme « adultère » peut mieux nous orienter dans la compréhension de la réponse de Jésus « va, et désormais ne pèche plus ». Jésus n’est pas laxiste ! Il a devant lui deux situations d’inconduite presque similaires qui méritent son attention. D’un côté la femme adultère, victime de « l’adultère charnel » et de l’autre côté les pharisiens et scribes, prisonniers de « l’adultère spirituel ». Il faut bien préciser que l’adultère spirituel qui est le rejet de Dieu conduit automatiquement à l’adultère charnel. L’un est la cause et l’autre, l’effet !
En voulant traiter « l’adultère charnel », Jésus va aussi panser la plaie invisible de « l’adultère spirituel » qui mine la vie de ces pharisiens, parfois de tout chrétien et de tout homme. Ce que je qualifie d’adultère spirituel est une cécité qui empêche ces pharisiens de comprendre la profondeur de la loi nouvelle incarnée par Jésus, visage de l’amour-miséricorde de Dieu. Et pourtant, Jésus n’est pas venu abolir la Loi mosaïque, mais l’accomplir, c’est-à-dire la porter à sa plus haute perfection. Pourquoi s’enferment-ils dans la Torah, la loi de Moïse, alors que celle-ci prépare la Loi Nouvelle en la personne de Jésus ?
« Va, désormais ne pèche plus » n’est pas non plus une sentence de non-lieu que Jésus prononce à l’endroit de cette femme. Jésus constate les dégâts que le péché cause dans la vie de l’homme et de tout homme. Il prend les formes d’une force aliénante, d’une pulsion charnelle qui pousse cette femme à violer le pacte d’amour, « le serment de fidélité » qui la lie à son mari. Dans un sens beaucoup plus complexe, le péché ferme les yeux des scribes à la Lumière qu’est le Christ. Leur acte adultérin est le rejet de l’amour-miséricorde Dieu manifesté pleinement en Jésus-Christ. Les accusateurs de cette dame sont aussi adultères qu’elle. Pendant qu’ils portent l’adultère de cette femme à la vindicte publique, ils exposent, en même temps aussi, au pied de Jésus leur propre adultère, celui de l’infidélité. Le Psaume 144 nous dit : « la bonté du Seigneur est pour tous et sa tendresse pour toutes ses œuvres ». En même temps que Jésus reconstruit la vie de cette femme sur le point de s’effondrer, il interroge également la conscience de ses accusateurs. Même s’ils ne demandent pas explicitement pardon en fuyant, ils sont tout de même instruits de ceci : quand bien même l’adultère charnel est un péché grave, la lapidation est un châtiment qui n’est pas « sanatio », c’est-à-dire qui ne permet pas la guérison, l’assainissement, la transformation…
« Va, désormais ne pèche plus » est un cri du cœur qui relève la femme adultère et ouvre une perspective de guérison de la cécité aux pharisiens. L’adultère, au sens propre, dénature toute relation d’amour. Il détériore l’amour conjugal et blesse fortement l’amour de Dieu. Mais à chaque fois, pensons à ses paroles de St Jean : « même quand notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur » (1 Jn 3,20). Comme un « pèlerin rempli d’espérance au cœur de ce carême, nous avons toujours besoin d’un nouvel élan, d’un nouveau départ, d’un souffle nouveau pour repartir avec cette consigne amoureuse : « Va, désormais ne pèche plus ». Ce sont les mêmes paroles que le prêtre prononce quand il vous donne l’absolution après l’aveu de vos péchés : « …Au nom de Jésus-Christ, je vous pardonne… »
Père Dieudonné MASSOMA, curé
Publié le 03 avril 2025
Edito du Curé – dimanche 6 avril 2025
« Va, et désormais ne pèche plus ! »
Laxiste… ? Permissif… ? Latitudinaire… ? L’attitude de Jésus face à cette femme adultère que la loi condamnait par lapidation tranche avec le rigorisme des pharisiens. Il prend de court le légalisme exubérant des scribes et des pharisiens et l’oppose à la Loi Nouvelle, celle de l’amour-miséricorde. « Au commencement était l’Amour, pas la miséricorde !» professe le père Raniero Cantalamessa, mais, précise-t-il, « l’irruption du péché a révélé une expression particulière de l’amour de Dieu, à savoir la miséricorde » qui se dessine spécifiquement dans l’évangile de la femme adultère. A première vue, Jésus serait latitudinaire et les pharisiens, rigoristes. Il faudrait s’aventurer dans cette rencontre tripartite – Jésus, la femme accusée, et ses accusateurs – pour en déceler le sens. Que cache au juste l’injonction de Jésus qui clôt cette scène : « va, et désormais ne pèche plus » ?
Revenons un peu à la matérialité des faits. Après une nuit de prière au mont des Oliviers, Jésus est dans le temple pour enseigner. Vint un groupe de scribes et des pharisiens trainant une femme prise en situation d’adultère et ils réclament l’expertise de Jésus. « Et toi, que dis-tu ? » La question ne laisse aucune alternative à Jésus. Il doit se prononcer. Si Jésus s’oppose à lapidation de la femme adultère, il est un détracteur et un contradicteur de la loi de Moïse (Lv 20, 10). S’il approuve son meurtre, il est en contradiction drastique avec sa bonne nouvelle toute orientée vers la miséricorde. Il redoute la foule suspendue à ses lèvres et les soldats des grands prêtres qui, après l’avoir écouté, ont refusé de l’arrêter parce que, disent-ils, « jamais personne n’a parlé comme cet homme » (Jn 7 46). Prendre le parti de l’un ou l’autre cas porterait largement atteinte à la crédibilité de Jésus. Le piège est habilement posé derrière cette question ! Quand on rejette Dieu, tout doit être fait pour le discréditer, dénaturer son message et défigurer l’Eglise. Les pharisiens le piègent et la société moderne le nargue à travers les lois.
« Et toi, que dis-tu ? » La réponse de Jésus va beaucoup plus loin que ce que le fait, saillant, l’adultère. Arrêtons-nous un peu sur ce terme polysémique pour mieux scruter l’attitude de Jésus envers l’accusée et ses accusateurs. Est adultère « le fait pour un époux ou une épouse de violer son serment de fidélité, de partage, et d’avoir des relations sexuelles avec une personne autre que son conjoint (sa conjointe) envers qui il a affirmé ce serment » (Petit Larousse). Au-delà de ce premier énoncé en rapport avec la sexualité, l’adultère est d’abord une violation du serment de fidélité. La Bible souligne fortement le lien entre « adultère » et « infidélité ». Ainsi la fidélité totale exigée à l’homme ou à la femme dans le cadre du mariage représente celle que Dieu attend de son peuple avec qui, il scelle une alliance indissoluble (Os 2,21… ; Is 54,5…). L’Alliance que Dieu établit avec son peuple a toujours une connotation d’épousailles. Les prophètes parlent de l’adultère comme une profanation de l’Alliance de Dieu. L’infidélité à cette Alliance est stigmatisée et dénoncée comme un adultère et une prostitution (Os 2,4). Face aux incrédules qui exigent des signes, Jésus s’indigne et les qualifie de « génération adultère », donc d’infidèles (Mt 12,39 ; Mc 8,38). St Jacques, de son côté, traitera l’adultère comme toute compromission à l’amour de Dieu.
Reposons-nous la question : entre cette femme et ces pharisiens, qui peut se targuer d’être moins adultérin ? Qui n’a pas commis d’adultère ? Entrons dans notre for intérieur et laissons cette réplique de Jésus nous interpeller : « que celui qui est sans péché, jette la pierre le premier sur cette femme »
La redéfinition du terme « adultère » peut mieux nous orienter dans la compréhension de la réponse de Jésus « va, et désormais ne pèche plus ». Jésus n’est pas laxiste ! Il a devant lui deux situations d’inconduite presque similaires qui méritent son attention. D’un côté la femme adultère, victime de « l’adultère charnel » et de l’autre côté les pharisiens et scribes, prisonniers de « l’adultère spirituel ». Il faut bien préciser que l’adultère spirituel qui est le rejet de Dieu conduit automatiquement à l’adultère charnel. L’un est la cause et l’autre, l’effet !
En voulant traiter « l’adultère charnel », Jésus va aussi panser la plaie invisible de « l’adultère spirituel » qui mine la vie de ces pharisiens, parfois de tout chrétien et de tout homme. Ce que je qualifie d’adultère spirituel est une cécité qui empêche ces pharisiens de comprendre la profondeur de la loi nouvelle incarnée par Jésus, visage de l’amour-miséricorde de Dieu. Et pourtant, Jésus n’est pas venu abolir la Loi mosaïque, mais l’accomplir, c’est-à-dire la porter à sa plus haute perfection. Pourquoi s’enferment-ils dans la Torah, la loi de Moïse, alors que celle-ci prépare la Loi Nouvelle en la personne de Jésus ?
« Va, désormais ne pèche plus » n’est pas non plus une sentence de non-lieu que Jésus prononce à l’endroit de cette femme. Jésus constate les dégâts que le péché cause dans la vie de l’homme et de tout homme. Il prend les formes d’une force aliénante, d’une pulsion charnelle qui pousse cette femme à violer le pacte d’amour, « le serment de fidélité » qui la lie à son mari. Dans un sens beaucoup plus complexe, le péché ferme les yeux des scribes à la Lumière qu’est le Christ. Leur acte adultérin est le rejet de l’amour-miséricorde Dieu manifesté pleinement en Jésus-Christ. Les accusateurs de cette dame sont aussi adultères qu’elle. Pendant qu’ils portent l’adultère de cette femme à la vindicte publique, ils exposent, en même temps aussi, au pied de Jésus leur propre adultère, celui de l’infidélité. Le Psaume 144 nous dit : « la bonté du Seigneur est pour tous et sa tendresse pour toutes ses œuvres ». En même temps que Jésus reconstruit la vie de cette femme sur le point de s’effondrer, il interroge également la conscience de ses accusateurs. Même s’ils ne demandent pas explicitement pardon en fuyant, ils sont tout de même instruits de ceci : quand bien même l’adultère charnel est un péché grave, la lapidation est un châtiment qui n’est pas « sanatio », c’est-à-dire qui ne permet pas la guérison, l’assainissement, la transformation…
« Va, désormais ne pèche plus » est un cri du cœur qui relève la femme adultère et ouvre une perspective de guérison de la cécité aux pharisiens. L’adultère, au sens propre, dénature toute relation d’amour. Il détériore l’amour conjugal et blesse fortement l’amour de Dieu. Mais à chaque fois, pensons à ses paroles de St Jean : « même quand notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur » (1 Jn 3,20). Comme un « pèlerin rempli d’espérance au cœur de ce carême, nous avons toujours besoin d’un nouvel élan, d’un nouveau départ, d’un souffle nouveau pour repartir avec cette consigne amoureuse : « Va, désormais ne pèche plus ». Ce sont les mêmes paroles que le prêtre prononce quand il vous donne l’absolution après l’aveu de vos péchés : « …Au nom de Jésus-Christ, je vous pardonne… »
Père Dieudonné MASSOMA, curé
Publié le 03 avril 2025
Edito du Curé – dimanche 6 avril 2025

« Va, et désormais ne pèche plus ! »
Laxiste… ? Permissif… ? Latitudinaire… ? L’attitude de Jésus face à cette femme adultère que la loi condamnait par lapidation tranche avec le rigorisme des pharisiens. Il prend de court le légalisme exubérant des scribes et des pharisiens et l’oppose à la Loi Nouvelle, celle de l’amour-miséricorde. « Au commencement était l’Amour, pas la miséricorde !» professe le père Raniero Cantalamessa, mais, précise-t-il, « l’irruption du péché a révélé une expression particulière de l’amour de Dieu, à savoir la miséricorde » qui se dessine spécifiquement dans l’évangile de la femme adultère. A première vue, Jésus serait latitudinaire et les pharisiens, rigoristes. Il faudrait s’aventurer dans cette rencontre tripartite – Jésus, la femme accusée, et ses accusateurs – pour en déceler le sens. Que cache au juste l’injonction de Jésus qui clôt cette scène : « va, et désormais ne pèche plus » ?
Revenons un peu à la matérialité des faits. Après une nuit de prière au mont des Oliviers, Jésus est dans le temple pour enseigner. Vint un groupe de scribes et des pharisiens trainant une femme prise en situation d’adultère et ils réclament l’expertise de Jésus. « Et toi, que dis-tu ? » La question ne laisse aucune alternative à Jésus. Il doit se prononcer. Si Jésus s’oppose à lapidation de la femme adultère, il est un détracteur et un contradicteur de la loi de Moïse (Lv 20, 10). S’il approuve son meurtre, il est en contradiction drastique avec sa bonne nouvelle toute orientée vers la miséricorde. Il redoute la foule suspendue à ses lèvres et les soldats des grands prêtres qui, après l’avoir écouté, ont refusé de l’arrêter parce que, disent-ils, « jamais personne n’a parlé comme cet homme » (Jn 7 46). Prendre le parti de l’un ou l’autre cas porterait largement atteinte à la crédibilité de Jésus. Le piège est habilement posé derrière cette question ! Quand on rejette Dieu, tout doit être fait pour le discréditer, dénaturer son message et défigurer l’Eglise. Les pharisiens le piègent et la société moderne le nargue à travers les lois.
« Et toi, que dis-tu ? » La réponse de Jésus va beaucoup plus loin que ce que le fait, saillant, l’adultère. Arrêtons-nous un peu sur ce terme polysémique pour mieux scruter l’attitude de Jésus envers l’accusée et ses accusateurs. Est adultère « le fait pour un époux ou une épouse de violer son serment de fidélité, de partage, et d’avoir des relations sexuelles avec une personne autre que son conjoint (sa conjointe) envers qui il a affirmé ce serment » (Petit Larousse). Au-delà de ce premier énoncé en rapport avec la sexualité, l’adultère est d’abord une violation du serment de fidélité. La Bible souligne fortement le lien entre « adultère » et « infidélité ». Ainsi la fidélité totale exigée à l’homme ou à la femme dans le cadre du mariage représente celle que Dieu attend de son peuple avec qui, il scelle une alliance indissoluble (Os 2,21… ; Is 54,5…). L’Alliance que Dieu établit avec son peuple a toujours une connotation d’épousailles. Les prophètes parlent de l’adultère comme une profanation de l’Alliance de Dieu. L’infidélité à cette Alliance est stigmatisée et dénoncée comme un adultère et une prostitution (Os 2,4). Face aux incrédules qui exigent des signes, Jésus s’indigne et les qualifie de « génération adultère », donc d’infidèles (Mt 12,39 ; Mc 8,38). St Jacques, de son côté, traitera l’adultère comme toute compromission à l’amour de Dieu.
Reposons-nous la question : entre cette femme et ces pharisiens, qui peut se targuer d’être moins adultérin ? Qui n’a pas commis d’adultère ? Entrons dans notre for intérieur et laissons cette réplique de Jésus nous interpeller : « que celui qui est sans péché, jette la pierre le premier sur cette femme »
La redéfinition du terme « adultère » peut mieux nous orienter dans la compréhension de la réponse de Jésus « va, et désormais ne pèche plus ». Jésus n’est pas laxiste ! Il a devant lui deux situations d’inconduite presque similaires qui méritent son attention. D’un côté la femme adultère, victime de « l’adultère charnel » et de l’autre côté les pharisiens et scribes, prisonniers de « l’adultère spirituel ». Il faut bien préciser que l’adultère spirituel qui est le rejet de Dieu conduit automatiquement à l’adultère charnel. L’un est la cause et l’autre, l’effet !
En voulant traiter « l’adultère charnel », Jésus va aussi panser la plaie invisible de « l’adultère spirituel » qui mine la vie de ces pharisiens, parfois de tout chrétien et de tout homme. Ce que je qualifie d’adultère spirituel est une cécité qui empêche ces pharisiens de comprendre la profondeur de la loi nouvelle incarnée par Jésus, visage de l’amour-miséricorde de Dieu. Et pourtant, Jésus n’est pas venu abolir la Loi mosaïque, mais l’accomplir, c’est-à-dire la porter à sa plus haute perfection. Pourquoi s’enferment-ils dans la Torah, la loi de Moïse, alors que celle-ci prépare la Loi Nouvelle en la personne de Jésus ?
« Va, désormais ne pèche plus » n’est pas non plus une sentence de non-lieu que Jésus prononce à l’endroit de cette femme. Jésus constate les dégâts que le péché cause dans la vie de l’homme et de tout homme. Il prend les formes d’une force aliénante, d’une pulsion charnelle qui pousse cette femme à violer le pacte d’amour, « le serment de fidélité » qui la lie à son mari. Dans un sens beaucoup plus complexe, le péché ferme les yeux des scribes à la Lumière qu’est le Christ. Leur acte adultérin est le rejet de l’amour-miséricorde Dieu manifesté pleinement en Jésus-Christ. Les accusateurs de cette dame sont aussi adultères qu’elle. Pendant qu’ils portent l’adultère de cette femme à la vindicte publique, ils exposent, en même temps aussi, au pied de Jésus leur propre adultère, celui de l’infidélité. Le Psaume 144 nous dit : « la bonté du Seigneur est pour tous et sa tendresse pour toutes ses œuvres ». En même temps que Jésus reconstruit la vie de cette femme sur le point de s’effondrer, il interroge également la conscience de ses accusateurs. Même s’ils ne demandent pas explicitement pardon en fuyant, ils sont tout de même instruits de ceci : quand bien même l’adultère charnel est un péché grave, la lapidation est un châtiment qui n’est pas « sanatio », c’est-à-dire qui ne permet pas la guérison, l’assainissement, la transformation…
« Va, désormais ne pèche plus » est un cri du cœur qui relève la femme adultère et ouvre une perspective de guérison de la cécité aux pharisiens. L’adultère, au sens propre, dénature toute relation d’amour. Il détériore l’amour conjugal et blesse fortement l’amour de Dieu. Mais à chaque fois, pensons à ses paroles de St Jean : « même quand notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur » (1 Jn 3,20). Comme un « pèlerin rempli d’espérance au cœur de ce carême, nous avons toujours besoin d’un nouvel élan, d’un nouveau départ, d’un souffle nouveau pour repartir avec cette consigne amoureuse : « Va, désormais ne pèche plus ». Ce sont les mêmes paroles que le prêtre prononce quand il vous donne l’absolution après l’aveu de vos péchés : « …Au nom de Jésus-Christ, je vous pardonne… »
Père Dieudonné MASSOMA, curé
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